Star Wars : The Force Awakens, un film de paresseux ?

Avant de parler de ce film clivant qu’est The Last Jedi, nous republions notre chronique sur The Force Awakens pour se remettre dans le bain.

Star Wars : The Last Jedi vient de paraître sur nos écrans. Avant de déblatérer dessus comme la plupart des fans de la planète le font ces derniers jours, rapide retour sur le renouveau de la saga Star Wars, qui avait eu lieu en 2015 avec la sortie de Star Wars : The Force Awakens.

Déjà, grâce à sa longévité exceptionnelle (pour donner une idée, quand la saga a commencé, on était en plein dans le disco), mais aussi grâce à ce qu’elle a apporté au genre science fiction et au cinéma en général. Il y a en effet de tout dans Star Wars : du soap opera passionné, de l’aventure et de l’exploration, un univers entier rempli de toutes sortes de races extraterrestres que l’on découvre avec émerveillement et amusement au fur et à mesure, des combats au sabre laser plus ou moins intenses, des vaisseaux spatiaux qui explosent, du suspense, de la tragédie… Bref, comme l’est le chocolat, Star Wars, c’est que du bon, les calories en moins ! Tout ceci est sorti en 1977 de l’esprit de George Lucas, qui s’est inspiré de diverses mythologies pour créer son œuvre. L’ami Lucas, bien que réalisateur pas top (les deux opus unanimement considérés comme étant les meilleurs de la saga sont les seuls qu’il n’a pas réalisé) n’en reste pas moins un créateur hors pair. D’un schéma d’aventure classique – le héros qui sauve la princesse – il a su inventer un récit à la fois transgénérationnel et populaire. La trilogie originale fut acclamée à l’époque et fait encore foi aujourd’hui.

Après ceci vint la prélogie (les Épisodes I, II et III) au tournant des années 2000. À l’époque, The Phantom Menace a relancé l’industrie autour de la saga et a introduit Star Wars au cœur d’une nouvelle génération, dont la mienne. Ce serait mentir que de dire qu’il n’y a pas plusieurs bonnes idées : un approfondissement du background politique (parfois trop pour une seule trilogie), ou encore de l’Ordre Jedi pour ne citer que celles-ci, mais aussi, et surtout de (très) mauvaises. À mon sens, elle est bonne à 45%, c’est-à-dire à l’équivalent de Darth Maul, qui sauve l’Épisode I du désastre, et de Revenge Of The Sith, qui malgré ce qu’on peut lui reprocher, tient la route.

Kylo KultureMania
Pas notre cœur, Kylo

Disney, nouveau maître du monde

Et l’histoire cinématographique aurait du s’arrêter là, se pérennisant dans les livres, les jeux vidéos, les séries animées ou encore les jeux vidéos, qui composent ce que nous appelions jusqu’alors l’Univers Étendu. Mais il y eut une perturbation dans la Force : Disney et Lucas se réveillèrent un matin en se disant que l’argent facile qui coulait à flot, c’était cool. Lucas vendit donc sa compagnie LucasArts à Disney pour la ridicule somme de 4 milliards de dollars. La compagnie de la souris possède dès lors avec ce rachat les sagas Star Wars et Indiana Jones, qui s’ajoutent à ses autres studios phares Pixar et Marvel Studios (aujourd’hui c’est bien plus que ça). En gros, Disney a la main mise sur l’ensemble des films grand public/gros budget de ces dix dernières années. D’ailleurs, ils ont posé le ton : l’Univers Étendu n’est désormais plus canon, Lucas sera vaguement écouté (voire pas du tout) en tant que « consultant », tout ça tout ça. Bref, c’est la révolte !

Ce qui nous amène directement à l’Épisode VII: The Force Awakens, réalisé par J.J. Abrams, un bon choix a priori puisqu’il a plutôt bien réussi à réintroduire la saga Star Trek auprès de toute une ribambelle de geeks qui se refusait à découvrir cet univers.

Allons-y sans détours : The Force Awakens, c’est un bon film de science fiction oui, mais c’est un Star Wars pop corn made in Disney. Difficile en effet de rentrer vraiment dans les enjeux, puisque rien n’est expliqué sur le contexte du film : pourquoi le Premier Ordre, les nouveaux antagonistes à nos héros ? Pourquoi la Résistance, sensée avoir gagnée la Guerre Civile Galactique ? Snoke, l’ultime antagoniste, très bien, mais encore ? Le Sénat qui se tourne les pouces devant la menace grandissante du Premier Ordre. Okay, pourquoi au juste ? Bref, c’est le flou complet. Ça passait pour A New Hope à l’époque, où peu de choses étaient expliquées sur le pourquoi de l’Empire etc. car le film avait été prévu comme une seule histoire, au cas où, mais de nos jours ? Moins.

the force awakens KultureMania
Mission marketing réussie

So you want a new Star Wars movie, like in the old days ? Say no more

Le défaut majeur de ce film reste que le scénario est bien pompé sur celui du premier Épisode (A New Hope donc, de 1977). J.J. Abrams est-il paresseux ? N’est-il qu’un vulgaire pantin à la botte d’une souris aux grandes oreilles ? A-t-il eu peur d’innover ? Disney l’a-t-il muselé ? Ce Star Wars se devait de plaire au plus grand nombre, les anciens comme les nouveaux qui découvrent, et quoi de mieux pour faire oublier la prélogie que de faire un retour aux sources ? Cependant, celui-ci est à peine caché, tant le scénario est le même : un droïde porteur de plans importants se retrouve à cause de la Rébellion nouvellement Résistance sur la planète désertique de Jakku/Tatooïne. Ce nouveau R2-D2 est trouvé par une jeune nomade sans famille, qui cherche à échapper au Premier Ordre (qu’on appelait autrefois l’Empire), dirigé par un personnage arborant un casque noir et à la voix grave. Ils embarquent dans le Faucon Millenium qui, a priori, se trouvait là par hasard. Et puis il y a Han Solo, qui prend une place de premier plan dans le film, trop peut-être. Nous avons aussi une cantina, une planète qui pourrait tout aussi bien être Hoth, Leia, une Étoile de la Mort encore plus grosse à détruire (mais ils sont forts chez Disney, car ce n’est pas une station orbitale, mais une planète, donc par définition, pas tout à fait la même chose !), une chute dans le vide… Cependant, je me suis pris au jeu, et une fois le parti pris d’Abrams accepté (et/ou Disney, cela reste à déterminer), le film se regarde bien.

Car oui tout n’est pas à jeter : l’histoire de base en elle-même, à savoir la recherche de Luke Skywalker, le dernier des Jedi, est porteuse d’un bon sentiment de départ ; l’identité de Kylo Ren est intéressante – le concept, ses motivations, l’appel de la Lumière qui le tiraille – même si je peux comprendre qu’il puisse décevoir (en tout cas les enfants semblent l’apprécier, peut-être était ce le but ?) ; le personnage de Finn également, qui apporte un point de vue qui manquait – les coulisses du Premier Ordre/Empire -. Les effets sont saisissants, on sent qu’il y a moins d’abus au niveau de l’utilisation des fonds verts par rapport à la prélogie, et que beaucoup de choses sont filmées dans de vrais décors (les fameux pratical effects), qui sont grandioses.

La haine mène au côté obscur de la Force

Ce film est pourtant loin d’être le pire des Star Wars. Il manque juste ce petit plus qui nous aurait fait frissonner, nous aurait extasié à en hurler. Il est difficile d’être totalement impartial, car un Star Wars est jugé durement, et il est sans doute compliqué de s’atteler à une telle tâche sans dénaturer l’œuvre. À l’inverse, on est tellement content de retrouver la saga que l’on fait preuve d’une certaine indulgence, parce qu’un nouvel opus reste un événement et qu’on ne peut pas complètement détester un Épisode, quoiqu’on en dise (sauf peut-être Attack Oh The Clones, qui craint sérieusement). En plus, ces petits filous ont joué à fond la carte de la nostalgie : les anciens personnages de retour, de nombreuses références aux anciens Épisodes (le masque de Vador, le sabre de Luke, les références à l’Empire, la bande originale), et qu’il faut un mental de moine pour y résister. Et oui, car tout ça fait FORCEMENT plaisir à revoir, ça réveille des souvenirs agréables, d’une époque plus simple, en tout un chacun. Notamment les plus âgés d’entre nous qui ont grandi en ne jurant que par Bobba Fett et qui ont fantasmé des années sur Leïa (dont Disney a retiré la figurine d’elle en bikini pour ne pas choquer les plus jeunes).

Avec tout ceci bien en tête, je dois avouer que j’ai bien aimé ce film, j’ai apprécié le regarder, et je trouve qu’il s’imbrique bien dans l’ensemble de la saga. Cependant, le film aurait pu être encore plus grandiose, nous emmener bien plus loin, car Star Wars possède un potentiel immense, et il est un peu dommage que cet opus s’inspire parfois lourdement du quatrième. C’est surtout ce potentiel un peu gâché qui lui donne ses mauvais points, plus que la présence d’éventuelles erreurs à l’écran. On juge le film par ce qu’il aurait pu être, et peut-être n’est-ce pas très avisé. Enfin, le film s’est voulu comme étant un consensus entre toutes les générations, mais un poil plus en faveur de la nouvelle. Et oui, les enfants représentent un immense marché à inonder de goodies en tous genres, et ce pour plusieurs années, tandis que ma foi, les puristes sont déjà bien âgés. Cependant, il faut aussi penser cet opus comme le premier d’une trilogie, peut-être même comme un test, à la fois scénaristique mais aussi de popularité. Les studios Disney auront, après cet opus, en effet deux autres chances de produire un chef d’œuvre et ils seraient bien bêtes de ne pas pousser la machine dans ses derniers retranchements !

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