The Dead Don’t Die : du zombie meta

Les zombis ont la côte ces dernières années, même si il semble que le soufflé soit quelque peu retombé. Jim Jarmush sort ce mois-ci sa dernière œuvre, centrée sur nos amis mort-vivants, un film qui sera par ailleurs en compétition pour la palme d’or au festival de Cannes. Au vue de son style bien particulier, le film a toutes ses chances.

Et oui,  nous avons plutôt affaire ici avec The Dead Don’t Die à un film d’auteur meta, rendant volontiers hommage à diverses œuvres de la culture pop, qu’à un banal film d’action ou à une comédie, comme nous aurions pu nous y attendre au vue du casting all-star qui nous est livré ici par Jim Jarmush (Night On Earth, Ghost Dog ou encore Dead Man).

Un ovni du cinéma, décidément on peut tout faire avec les zombies

L’histoire commence à Centerville, où les deux flics du coin Cliff Robertson (Bill Murray) et Ronald Peterson (Adam Driver) font leur patrouille routinière. Le film commence lentement, et nous emmène à la rencontre des habitants du patelin : Hank Thompson (Danny Glover), Miller (Steve Buscemi), Bobby Wiggins (Caleb Landry Jones) ou encore Dean (RZA), tandis qu’un groupe de trois jeunes, dont Zoe (Selena Gomez), arrivent en ville. Tout ce petit monde mène sa vie, jusqu’au moment où  deux zombies (Iggie Pop et Sarah Driver) sortent de terre et commettent leurs premiers, disons, méfaits. La ville est sous le choc, mais le nombre de monstres augmentent rapidement et au final, seuls les deux policiers, accompagnés de la croque-mort à l’attitude particulière et aux talents uniques, Zelda Winston (Tilda Swinton, qui campe l’Ancien dans le MCU ), sont le dernier rempart contre l’apocalypse. Ici, vous le verrez, les zombies ne représentent pas un obstacle majeur, mais servent surtout comme prétexte au scénariste pour nous livrer une œuvre hors du commun.

Comme nous l’avons évoqué, The Dead Don’t Die est bien loin du film d’action de zombie classique, ou même d’une comédie à l’instar du grand Shaun of the Dead. Ces derniers servent surtout au réalisateur a se faire plaisir dans la conception, tel un item expérimental. Pour vous donner une idée de ce à quoi nous avons sous les yeux, The Dead Don’t Die pourrait être comparé aux films de Quentin Dupieux (aka Mr Oizo) qui nous viennent à l’esprit en comparaison (Steak et surtout l’étrange Rubber), car nous retrouvons ici les mêmes longs plans silencieux et lents, saupoudrés de dialogues à la limite de l’absurde, avec une utilisation récurrente du comique de répétition.

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Les deux sortes de spectateurs devant ce film
Une belle brochette de talents au mètre carré

En tout cas, ce fut un réel plaisir de voir ces acteurs de grands talents participer à une telle aventure. Adam Driver est comme toujours excellent, et nous savons maintenant que Kylo n’exploite la pleine mesure de son talent. Ce dernier forme un duo impeccable avec la légende qu’est Bill Murray, qui prend toujours un plaisir à faire des films volontiers non grand public. Évidemment, c’est Tilda Swinton qui marquera les esprits via son personnage plus qu’excentrique (elle est d’ailleurs qualifiée « d’écossaise », c’est pour dire). Pour finir, notons que Selena Gomez est une acteur correcte, à qui il n’y a rien à reprocher, même si dommage que son personnage ai été sur-sexualisée.

Le film est par ailleurs meta dans la mesure où le Quatrième Mur est brisé (vous savez, quand les personnages ont conscience d’être dans un film, genre Deadpool), cela couplé à une fin du film qui est autant inattendue que hors contexte. Du fait de la nature même de l’œuvre, le rythme peut dérouter : les zombies mettent un certains temps à apparaître à l’écran, et du nombreux plan large sont d’une durée volontairement exagérés, puis tout bascule et s’enchaine dans le dernier tiers du film. Même la scène finale se veut être une parodie de ce que nous avons l’habitude de voir ailleurs, comme disons, baroud d’honneur.

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Une nuée de références à la culture ciné du XXème siècle

Le film est saupoudré de clins d’œil à la culture populaire. Le plus évident est le lien effectué entre Star Wars et Adam Driver, qui comme vous le savez, joue Kylo Ren dans la trilogie, bancale, de Disney mais aussi Kill Bill avec le personnage de Zelda, aux Seigneur des Anneaux ou encore au Wu-Tang Clan (on vous laisse la trouver celle là). Bien sûr, l’hommage central est réservé à  The Night of Living Dead de George Romero, le film qui a lancé le genre, d’une part au travers de la voiture de Selena Gomez, une Pontiac Tempest comme dans le film de 1968, mais aussi par l’attitude même des zombies. En effet, le classique de Romero, à l’époque, était une critique de la société de consommation, un aspect que nous retrouvons ici, dans la mesure où les mort-vivants du film de Jarmush répète en boucle la chose qu’ils préféraient de leurs vivants. Pas le nom de leurs proches ou autre, mais seulement des objets consommables (‘free wifi’, ‘Xanax’, ‘Chardonnay’…), et certains transportent même certains de ces objets avec eux, que ce soit leur télé ou leur téléphone. Cela les rend un peu humain, et donc extrêmement dérangeant : des zombies qui parlent, qui pensent, c’est toujours un peu flippant.

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Ce qui nous perdra ..
Malheureusement, le film est plutôt mal évalué sur le net, et beaucoup de gens de notre entourage sont restés de marbre durant le visionnage. Il faut pourtant le prendre pour ce qu’il est, et ne pas arriver à la séance avec des préjugés en tête notamment sur les films de zombies. Pour reprendre la comparaison avec Dupieux, c’est ce qui était arrivé jadis avec Steak. Le film fut mal reçu car les spectateurs s’attendaient à une énième comédie d’Eric et Ramzy, alors que pas vraiment. En effet,  The Dead Don’t Die en est autant un que pas du tout.

10 réflexions sur « The Dead Don’t Die : du zombie meta »

  1. Il me semble quand même compliqué de ne pas arriver devant le film avec des attentes, étant donné la pub qui a été faite autour du film : l’affiche et la bande-annonce donnent clairement dans le « Shaun of the Dead bis » avec un casting époustouflant et un réal émérite… Je suis d’accord pour dire que le film doit être apprécié à sa juste valeur (les clins d’oeil sont sympa, l’interprétation est parfaite, le côté meta est maîtrisé), mais je comprends très bien que le public soit déçu. On crée des attentes, normal que les gens viennent avec !

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    1. Remarque c’est malheureusement pas faux. Après, il faut juste connaître un peu dans quel univers évolue les acteurs et le réal pour se dire que ce sera quand même un style unique ! Ceci dit, c’était effectivement piégeux !

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      1. Déjà c’était plus vendu comme une comédie et cela ne l’était pas du tout. Et le rythme… long, très long. Le message de critique de la société de consommation était tout sauf subtil. Je ne suis pas rentrée dedans. Peut être un 2e visionnage quand il sortira en DVD pour me faire un 2e avis

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  2. Belle critique pour ce film diversement reçu, et boudé du palmarès cannois. Il constitue comme vous le soulignez justement, un très bel hommage décalé à l’œuvre de George Romero, et plus davantage dirigé vers « Zombie » qui était une satire de la société de consommation, que « la nuit des morts-vivants » compris comme une métaphore du Vietnam et de la ségrégation.
    Le film de Jarmusch n’en demeure pas moins déroutant pour le public habitué au genre. Ce n’est du non-sens à la Dupieux à mes yeux, mais quelque chose qui se tourne plus vers Lynch, avec quelques citations en plus (Melville, Poe, Fuller, Murnau,…) De Centerville à Twin Peaks, il n’y a pas si loin.

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    1. Oh, je ne savais pas que la Nuit des Morts-vivants était une critique de la guerre du Vietnam comme vous me l’apprenez ! A quel niveau ?
      Je ne l’ai jamais vu mais cela n’est que rarement évoqué quand on parle de ce film.. Merci pour la précision !

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      1. Romero n’avait pas cette intention au départ mais, de la même manière que les dernières images rappellent les lynchages dans les états du Sud, l’exposition des corps qui reviennent à la vie renvoient aux clichés pris par les reporters de guerre et publiés dans les magazines. Je conseille l’excellent documentaire « the American Nightmare » qui s’intéresse a la nouvelle vague de l’horreur née à la fin des années 60 et contextualise cette production. Et les films de Romero bien sûr ! 😉

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