Bazaar : une oeuvre de Stephen King qui dérange

Bazaar est un roman de Stephen King, opposant une paisible bourgade du Maine à un étrange magasin qui se targue d’avoir tout ce que l’on désire. Évidemment, il y a anguille sous roche…

Voilà trop longtemps que nous n’avions pas rédigé une critique de livre. Vous n’êtes pas sans savoir que la lecture et l’analyse d’un roman prennent plus de temps qu’une simple critique de série. Cependant, nous ne sommes pas ici pour nous complaire en excuse, et KultureMania assume entièrement sa faute !

Aujourd’hui, le roman qui nous intéresse est Bazaar (Needful Things en version originale) ! Œuvre du célèbre maître de l’épouvante et de la dystopie Stephen King, sorti en 1991, Bazaar reste moins connu que des monuments de la culture populaire tel que It et Shining, mais reste tout de même intemporel et diablement d’actualité.

Le Maine en voit décidément de toutes les couleurs !

Comme dans la plupart des livre de Stephen King, l’aventure relatée ici se passe dans le Maine, état américain dont est originaire l’auteur. La ville en question ici est Castle Rock, une des trois bourgades, avec Derry et Jerusalem’s Lot, où King a placé la majeure partie de ses histoires (l’excellent Dead Zone se déroule par exemple à Castle Rock). Ceci fait que chacun des livres de l’auteur regorge de références et de clins d’œil aux histoires passées, créant de fait une mythologie qu’il nous advient de recouper. Finissons par dire que Castle Rock est aussi une série diffusée par Hulu depuis 2018, qui fait un patchwork à l’ensemble des œuvres de l’auteur.

Comme d’habitude, les choses partent en eau de boudin dans Bazaar. Alors de quoi ça parle ? Tout roule tant bien que mal à Castle Rock, tout le monde se connaît et vaque à ses occupations. Le shérif Pangborn, aussi protagoniste principal du livre de 1989 The Dark Half, récemment affecté par un drame familial, veille au grain tout en essayant de remonter la pente. La seule ombre au tableau à Castle Rock en cette année 1991 est la rivalité grandissante entre catholiques et protestants, qui s’écharpent sur la tenue d’une « Nuit Casino » : les uns sont pour, les autres sont contre, et deux camps comment sérieusement à se créer. Un beau jour, les habitants s’aperçoivent qu’un local est en travaux, avec sur la devanture un panneau indiquant « Bazar des Rêves, ouverture prochaine ». Chacun est alors intrigué par cette mystérieuse boutique, dans une ville où rien de nouveau ne se passe.

Le revendeur, un étrange homme du nom de Leland Gaunt, se targue de savoir exactement ce que les gens veulent : une carte de baseball rare, un médaillon qui guérit de l’arthrite ou encore de la cocaïne de luxe (si si ) et le leur vend. Seulement, il ne s’agit pas de payer avec de l’argent mais avec un service, une « blague » comme il dit. Les habitants de Castle Rock, désespérés d’avoir pour eux l’objet de leurs rêves, n’hésitent pas longtemps et finissent par accepter. Seulement, Gaunt est un homme mauvais, aux étranges pouvoirs occultes, qui même si il inspire le dégout chez ses clients, arrive à les convaincre. De services en services, les habitants sont montés les uns contre les autres, jusqu’à ce que la situation à Castle Rock atteigne des proportions hors de tout contrôle. Le shérif Pangborn, le seul à ne pas être intéressé par les promesses de Gaunt, et dans une moindre mesure sa vaillante compagne Polly Chalmers, seront les seuls à lui faire face. Au lecteur de déterminer qui se cache derrière Leland Gaunt, même si a priori, cela finit par être évident, notamment à la fin du livre où le doute n’est plus permis. Dites nous dans les commentaires quelles sont vos hypothèses !

Un roman qui cache un travail de titan

Bazaar réussit le tour de force de décrire toute une galerie de personnage, chacun avec leurs envies, leurs personnalités et leurs peurs. King arrive à articuler son roman pour que l’on ressente parfaitement que la situation va en s’aggravant. Chaque chapitre s’intéresse à un personnage en particulier, nous voyons quel est l’objet de son désir et ce qu’il est prêt à faire pour l’obtenir. Le roman offre un déroulement en ping-pong : nous voyons le méfait accompli, puis comment il est perçu par le personnage qui en a été victime, qui à son tour en réalise un autre ou alors sort de ses gonds et ne pense qu’à la vengeance. L’histoire commence ainsi par quelques blagues innocentes, pour finir avec de véritables drames. Le livre nous entraine avec lui dans cette fuite en avant, et nous voulons à tout prix savoir si Gaunt va finir par s’en sortir, ou si Pangborn sera suffisamment vaillant pour le vaincre.

Nous le comprenons assez vite, le roman se sert de ressorts fantastique pour être un pamphlet contre le capitalisme et sa société de consommation (et oui déjà à l’époque, ça faisait jaser). King dira lui-même que les années 80 était la première décennie où absolument tout avait un prix, et représente cet état de fait dans Bazaar : les habitants sont prêts à renoncer à absolument tout pour obtenir l’objet de leur désir. À la poubelle moralité, humanité et raison, seul le matériel compte. Par ailleurs, vous le comprendrez en le lisant, il y a eu un avant et un après le roman : King tourna une importante page (si l’on peut dire) de sa carrière, jusqu’à, en fait, la série Castle Rock de 2018. Ce fut aussi pour lui le livre de la renaissance, car ce fut son premier travail depuis sa réhabilitation de ses problèmes d’alcool et de drogues.

Comme d’hab, Stephen King réussi à nous séduire

En résumé, Bazaar est un bon livre, qui, malgré quelques longueurs et un nombre un peu trop important de personnage (cela reste un tour de force mais peut rebuter), dont certains sont volontairement détestables, saura vous accrocher. Pour l’anecdote, ce roman a été parodié dans l’épisode « Something Ricked This Way Comes » de la série Rick and Morty, qui reprend plus ou moins la même trame que le livre. Peut-être même le roman saura vous faire réfléchir grâce à son message clair comme de l’eau de roche : gardez vous sous dans vos poches.

Le roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1993, plutôt mauvaise, avec le célèbre Ed Harris (vu récemment dans Westworld) dans le rôle de Pangborn, Max von Sydow (la Corneille à Trois Yeux dans Game of Thrones) dans le rôle de Leland Gaunt et Bonnie Bedelia dans le rôle de Polly Chalmers (la femme de Bruce Willis dans Die Hard). A priori, le film suit la même idée, forcément, mais diffèrent quand même pas mal, notamment au niveau de Gaunt qui est juste un simple être humain, et de la fin qui semble moins grandiose que dans le roman éponyme. Faites nous part de votre avis si jamais vous le regardez ! Voici le trailer parce que nous sommes sympas.

 

3 réflexions sur « Bazaar : une oeuvre de Stephen King qui dérange »

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