Black Mirror : le rachat par Netflix a-t-il été bénéfique ?

La cinquième saison de la dystopie la plus célèbre du moment vient de sortir sur Netflix. Voilà déjà trois saisons que la série n’appartient plus à Channel 4. Pour le meilleur ?

La cinquième saison de l’anthologie dystopique Black Mirror, œuvre acclamée par la critique depuis de nombreuses années déjà, vient de paraître le 5 juin 2019.  Diffusée originellement sur Channel 4, chaîne britannique qui compte de nombreux succès parmi les plus réussis de la télévision (Utopia, Skins, Misfits ou encore The IT Crowd pour ne citer que ceux-ci), la série a été rachetée par Netflix en 2015. Dès lors, nous avons vu la série changer de ton : les deux premières saisons étaient franchement glauques, et marquaient le trait quand aux dangers de la technologie. La réalisation était plus terre et à terre, avec un grain de l’image typiquement télévisuel et un nombre restreint d’effets spéciaux. Les scénarios proposaient un déroulé plus linaire, où souvent l’enjeu était exposé et compris dès les premières scènes, avec un plot-twist en fin d’épisode pour nous retourner le cerveau. Attention, en lisant ces lignes vous vous dites que nous n’avons pas apprécié, au contraire, les deux premières saisons remplissaient bien leur office en proposant des histoires intelligentes pour véhiculer le message premier de la série. Les actions des protagonistes et les univers décrits œuvraient dans ce sens, et nous laissaient avec, sinon une révélation, au moins un drôle d’arrière gout.

 

Le cash ça change tout

Après le rachat de Netflix donc, les épisodes ont commencé à changer de nature : l’espoir et la bonne humeur commençaient à pointer le bout de leurs nez, ce qui était plutôt rare auparavant (les fins étaient douce-amère au mieux). En effet, le but premier de Netflix est de faire du profit, ce qui est moins évident pour une chaîne implantée depuis des décennies dans les foyers britanniques. De fait, les nouvelles productions se devaient de garder leurs essences, tout en étant accessibles à un plus large publique. Ainsi, le glissement est devenu de plus en plus perceptibles, et plus aucun doute n’est permis aujourd’hui : la recherche du succès prime sur le message. En effet, sans généraliser, nous connaissons des gens qui ont été rebutés par le synopsis du premier épisode L’Hymne Nationale (vous savez, l’histoire du cochon..) et qui ne sont pas allés plus loin, à juste titre.

Si la troisième saison comportait des épisodes parmi les plus trash de la série (Tais-toi et danse bien sûr, mais aussi Tuer sans états d’âmes) ou avec un message clair comme de l’eau de roche (Chute Libre, un des plus connus), il commençait à y avoir des épisodes à happy end, comme le magnifique San Junipero, où aucune embûche ne se profilait à l’horizon. Dès lors, ce n’était plus tant les dangers de la technologie qui primaient sur le scénario, mais juste le futur et la science fiction. Le premier film de Black Mirror, Haine Virtuelle, avait d’ailleurs conclu cette troisième saison. Ce long métrage avait été une réussite en terme de réalisation, mais été une simple enquête policière.

C’est durant la quatrième saison que Black Mirror a réalisé sa mue, avec des épisodes dont la nature ne collait plus vraiment avec ce qu’il se faisait à ses débuts. Les critiques sur les dérives de la robotique et des réseaux devinrent plus légères, et passèrent même légèrement en arrière plan. À chaque fois, les éventuelles victimes l’avaient mérité d’une manière ou d’une autre, comme dans Crocodile où la protagoniste se fait attraper pour meurtre ou celui de USS Callister (encore que les victimes du jeu n’étaient pas réels). Pour le reste, les histoires finissaient sans drame mémorable voire carrément bien (Pendez le DJ). Les scénarios se tenaient quand même bien, Black Museum étant très bien, mais le frisson de dégout, cette légère peur quand à un futur sombre et injuste, n’étaient plus au rendez-vous.  Seul Tête de métal rappelait ce qu’était Black Mirror lors de son lancement, et est à notre sens le meilleur de cette quatrième saison.

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Pendant ce temps en Californie

 

Une saison de Black Mirror méconnaissable

Cela nous emmène donc à cette nouvelle saison cinq. Netflix a ici fait le pari de ne diffuser que trois épisodes, comme lors de l’époque où Channel 4 tenait les rênes.

Disons le franchement, seul le second épisode, Smithereens, nous rappelle les drames et la tension qu’il y avait alors dans la série britannique. Emmené par Andrew Scott, l’excellent Moriarty dans Sherlock, l’épisode est à deux doigts d’être une réussite. Le message, bien qu’affiché en grand, est simple et pertinent : l’addiction aux réseaux sociaux comportent mille dangers. Nous le savions, mais une piqure de rappel ne peut pas faire de mal. Dans l’épisode, il prend en otage un employé de « Smithereens », l’équivalent de Facebook, pour pouvoir parler au PDG, celui-ci joué par Topher Grace. Ce qui est frustrant d’ailleurs, c’est que même dans une situation aussi tendu qu’une menace de mort, il est difficile de joindre des personnes aussi haut placées dans la société tellement nous vivons dans des mondes différents. De fait, l’épisode souffre de quelques longueurs bien frustrantes, et l’action patine pendant un bon moment. On hurle aux personnages devant notre écran de se bouger les miches !

Bref, malgré ce problème de rythme, l’épisode rempli bien son rôle, sans réinventé la roue, et même si le PDG est montré comme un mec un peu trop sympathique, nous y croyons. L’épisode fini par un cliffhanger, tout en nous remontrons à quel point les réseaux sociaux ont à la fois un aspect fugace et important.

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Vraie question

Deux tiers à mettre de côté

Les deux autres épisodes, Striking Vipers et Rachel, Jack and Ashley Too véhiculent un message proche du néant, si bien qu’il serait difficile de le déterminer. Les deux épisodes finissent agréablement et il y a assez peu d’enjeux dramatiques. Prenons le premier : deux amis qui ne sont pas vus depuis longtemps, dont l’un est Anthony Mackie, le Faucon dans Avengers, recommencent à jouer aux jeux vidéos ensemble. La réalité virtuelle fait qu’ils intègrent directement leur avatar. De là, ils se projettent tellement dans ces corps qu’une histoire d’amour, propice aux relations sexuelles, nait entre eux au travers du jeu, sentiment qui n’est pas ressenti dans le monde réel. Finalement, même si la situation est étrange, rien n’est mal ici et rien n’est condamnable : techniquement, ils ne trompent personne, et cela n’influe pas vraiment sur leurs vies, au contraire cela les rend même plus épanoui. Même en admettant que le message serait que les jeux vidéos peuvent couper de la réalité (comme vu dans USS Callister), cela est un échec car les personnages ne sont pas plus malheureux.

Le troisième, mettant en scène Miley Cyrus, ne remplit pas non plus un quelconque contrat, tellement que nous avons du mal à trouver du sens à cet épisode. L’histoire nous montre deux adolescentes dont une est complétement fan d’une pop star (devinez jouée par qui). La jeune fille n’a pas vraiment d’amis et se tourne vers un gadget inventé par la chanteuse : une poupée robot inspirée de la star et qui réagi plus ou moins comme elle. Comme n’importe quel épisode de Black Mirror, il reste agréable à regarder et possède quelques point forts : le robot est bien fait, il y a quelques moments de tensions et les actrices sont attendrissantes et loin de jouer mal. Cependant, aucun enjeu nous est proposé, au contraire, les protagonistes vont tenter de résoudre une situation initialement compliquée pour la dénouer. La technologie n’est que peu mise en avant, hormis celle du cerveau qui sert les desseins de l’antagoniste mais qui n’est pas dangereuse en soi. Bref, un épisode que malheureusement nous oublierons vite. Nous pouvons même nous demander si il n’avait pas pour vocation d’attirer un tout nouveau public attiré par les goodies et les chanteuses pop.

So sad KultureMania
On y croyait pourtant ..

En somme, la série a dérivé d’une manière à avoir perdue ses racines. Nous comprenons la stratégie de Netflix bien sûr, mais Black Mirror aurait vraiment pu devenir un documentaire sur les années qui arrivent et les dérivent qu’elles peuvent engendrer.. Cette route manquée est bien dommage au vue du potentiel qu’elle avait.

3 réflexions sur « Black Mirror : le rachat par Netflix a-t-il été bénéfique ? »

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