Joker : représentation sans fard de notre société

Ça y est, nous avons eu la chance d’assister au phénomène du moment, centré sur l’arch-ennemie de Batman : Joker. Plébiscité par le public et la critique, l’œuvre a remporte le Lion d’Or de la Mostra de Venise. Pourquoi un tel engouement ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les films de super-héros sont à notre époque autant à la mode que les westerns le furent dans les années d’après guerre. Chaque année depuis deux décennies voit apparaitre ses nouveaux films sur grand écran. Mais de temps en temps, il arrive que certains qui se revendiquent de ce genre sortent totalement du moule, comme ce fut le cas avec l’excellent (oui, l’excellent) Watchmen, mais aussi avec des ovnis comme Chronicles ou Kick-Ass.

Le Joker, figure emblématique de la pop culture

L’univers DC, dont est issu le Joker, est adéquate pour ce genre de prise de risque : nous y trouvons un univers moins colorés, plus sombre et plus réaliste que chez Marvel, où l’ennemi n’est souvent qu’un humain, dans toute sa sombre complexité. Regardez les ennemis de Batman, ce sont tous des psychopathes, dangereux et dénués d’humanité, qui tuent souvent pour le plaisir, l’Arkham Asylum en est rempli. Cet état de fait est moins présent chez Marvel, où les ennemis justifient de leurs actes par des raisons plus primaires : soif de pouvoir, argent, « bien commun ». Même les plus fous des antagonistes marvéliens le sont devenus à cause d’accidents qui n’étaient pas de leur fait, comme pour Docteur Octopus ou le Bouffon Vert par exemple.

La réalité est moins simple du côté de chez DC : on comprend que le monstre est déjà en nous.

Revenons-en au Joker. Meilleur méchant de comic de tous les temps pour certains, il est en tout cas l’antagoniste parfait pour Batman. Se nourrissant mutuellement des actes de l’autre, ils sont opposés en tout point, que ce soit dans leur psychologie ou leur manière de concevoir le monde. Le Joker est un personnage complexe, à l’identité secrète – qui change au gré des versions – et au passé mystérieux.  Ce clown réalisant les pires méfaits sous une allure comique, son excentricité et son imprévisibilité a tout de suite plu aux amateurs de comics dès sa première apparition en 1940.

De nombreux acteurs ont incarné le personnage, tous avec succès (ne jugeons pas Jared Leto sur dix minutes de film). Citons bien évidemment Heath Ledger dans The Dark Knight, une interprétation encore dans les mémoires, mais aussi Jack Nicholson dans le Batman de 1989, Cesar Romero dans la série Batman des années 1960 (une série comique, qui l’est davantage encore aujourd’hui) ainsi que Mark Hamill pendant deux décennies de voxographie sur tous supports, notamment dans la très bonne série animée des années 1990 (avec le générique flippant rouge et noir) ainsi que dans la suite de jeux Batman : Arkham.

Les sixties c’était vraiment autre chose

Joaquim et Arthur, deux faces d’une même pièce ?

En 2019, c’est donc au tour de Joaquin Phoenix de tenter sa chance. Un choix qui ne nous fait pas peur au premier abord, car l’acteur a pu prouver son talent en de nombreuses occasions (Gladiator, Her ou encore Signs). L’homme arbore une certaine mélancolie, ce qui va de paire avec les personnages qu’il interprète, en effet Joaquin a vécu bien des épreuves : à l’âge de 19 ans, il a vu son grand frère River mourir devant lui d’une overdose en 1993, en présence notamment de Johnny Depp et de Flea.. Il est de plus végan depuis l’âge de trois ans, ce qui dénote un certain courage (avouez c’est pas évident) et une force de conviction à tout épreuve.

Disons le sans détour, Joaquin Phoenix, dirigé ici par Todd Phillips, est présent à chaque scène et s’est montré à la hauteur de la tâche. L’acteur s’est impliqué à fond dans le rôle, perdant vingt kilos, prenant des médicaments pour comprendre leurs effets, rencontrant des personnes souffrants de handicap mentaux.. Et cela se voit, tant il fait peur à voir.  Il arrive à restituer le fameux rire emblématique du Joker, et a déclaré d’ailleurs que c’était l’action la plus dure à apprendre lors du tournage. Il campe ici Arthur Fleck, celui qui deviendra le Joker, qui est déjà la proie de diverses afflictions au début du film. Le rire emblématique du personnage est déjà présent, étant tour à tour malaisant et effrayant suivant les circonstances. Arthur a une vie familiale et professionnelle aliénante et peu saine, tandis que la ville de Gotham, qui représente ici New-York, connait diverses crises à tous les niveaux et est un ghetto à ciel ouvert. Tout nous montre que la société est à bout de souffle.

Ghetto KultureMania
Arthur Fleck, sa vie, son histoire

C’est dans ce terreau qu’Arthur va connaître des déboires, qui vont lentement le pousser vers la folie, cette folie qui a toujours été en lui. Écrasé par la société, il va adopter l’identité de son alter égo pour se libérer de ses entraves, et faire payer ceux qui lui ont fait du mal, que ce soit vrai ou simplement dans son esprit. Grâce à un jeu de circonstance, il va se retrouver meurtrier de personnes représentant la « haute société », et la médiatisation qui va s’en suivre va inspirer tout ceux qui comme lui, sont les oubliés, ceux qui se trouvent en bas de la pyramide et qui n’ont aucun espoir. Évidemment, commettre des crimes « c’est mal », mais il est jouissif de voir une œuvre qui nous balance notre mal-être, et qui nous montre des protagonistes qui relèvent la tête.

Ce qui nous frappe alors, c’est que c’est la société, ainsi que le fait qu’il n’ait plus rien à perdre, qui ont parachevé la transformation d’Arthur en la créature qu’il est devenu. Le message n’est alors pas subtil du tout, mais a le mérite d’être là.  Un cocktail hasardeux qui fera naître le plus grand génie du mal de DC : plus la société s’enfonce dans le chaos, plus le Joker se sublime et s’épanoui, et cela est très bien montré ici avec le changement de personnalité du personnage au fur et à mesure du film.

Kaamelott Revolte
Notre sentiment en sortant de la salle

Un hommage aux films noirs

Le film est largement centré autour du personnage principal, et Arthur Fleck apparaît dans toutes les scènes. Les autres acteurs n’ont que des rôles anecdotiques, y compris Robert De Niro (acteur fétiche des films de Martin Scorcese des années 70-80 dont s’inspire Joker comme Taxi Driver ou La Valse des Pantins), mais nous devons quand même souligner les talents de Frances Conoy (vu dans How I Met Your Mother ou American Horror Story) qui interprète la mère d’Arthur et qui joue elle aussi une personne atteinte de troubles mentaux. Les scènes dérangeantes sont nombreuses, portées par la profondeur et la mélancolie du personnage. Les plans et scènes montrant un univers gris et triste ponctuent largement ce long métrage. Finalement, seul Arthur Fleck finit par apporter de la couleur, au sens propre comme au figuré. La bande-son a un rôle important dans Joker, la musique est intimement lié à son personnage principal. La musique est entrainante quand Arthur est joyeux, notamment la scène devenue célèbre et copié où il danse sur les escaliers (Rock and Roll Part 2 de Gary Glitter). Les moments tristes sont accompagnés de violons mélancoliques, et les instants où Arthur ressent de la colère voit un volume plus élevé enrichi de percussions.

Enfin, Joker, bien que ne faisant pas parti du DC Universe, qui rassemble Wonder Woman, Aquaman, Shazam etc. (le premier d’une longue série par ailleurs), fait des liens directs avec l’univers de Batman. Ceci  est compréhensible pour resituer dans le temps le personnage, mais aussi pour montrer à quel point les deux protagonistes sont liés. Le seul bémol que l’on pourrait apporter à ce film et que finalement, nous ne voyons que très peu le « vrai » Joker en action, sa carrière criminelle n’ayant alors que peu commencé. Les scènes finales, notamment sont discours, sont toutefois percutantes.

Bref, un film à voir, même si l’on n’apprécie pas les films de super-héros. Joaquin Phoenix donne tout et il serait étonnant de ne pas le voir décrocher un Oscar.

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2 réflexions sur « Joker : représentation sans fard de notre société »

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