The Boys : pourquoi les anti-héros nous fascinent ?

The Boys est un comic américain qui a très bien marché et qui est connu par l’ensemble des amateurs du genre, ne serait-ce que de nom. Étant un des rares comics hors DC/ Marvel à s’être fait un nom, il n’est pas surprenant de le voir être adapté sur écran. Alors ça donne quoi ?

Dans une époque où la mode est à la réadaptation de tout et n’importe quoi pour en faire une série à succès, The Boys a donc été adapté et diffusé sur Amazon Prime, le service de VOD de la célèbre multinationale, qui s’annonce comme un concurrent de poids pour Netflix (nous n’avons toujours pas digéré l’annulation de The OA).

Tout se monétise

Si The Boys a aussi bien marché, c’est que le scénario proposait à contre-pied ce qui était la mode depuis des décennies dans l’univers de la bande dessinée : et si les super héros sensés nous protéger étaient en fait des ripoux? Une idée qui est apparue pour la première fois, du moins de la manière la plus emblématique, dans le célèbre Watchmen, dont l’adaptation est en cours de diffusion. Les foules commencent à se passionner pour les anti-héros, pour leurs ascensions et leurs actions chaotiques et viles, d’où en partie le succès phénoménal de Joker, et donc, de The Boys. La série prend place dans un univers où les super-héros sont courants. Parmi ceux-ci, les Seven sont les plus puissants et les plus influents. Ces Seven, au-delà d’être des sauveurs, sont un produit marketing d’une entreprise du nom de Vought International. Ils doivent faire des pubs, se mettent en scène et inspirent jouets, films et comics. En bref, un pur produit du système capitaliste, et non de simples super héros altruistes comme dans les autres œuvres phares du genre que nous connaissons.

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Même les super-héros

Homelander : ennemi public numéro 1

La série débute quand un de ces héros tue par accident la copine de Hugie, un type sans histoire. Dans le même temps, Starlight, une héroïne au cœur pur, fait son entrée dans le groupe des Seven. Toujours en deuil et désemparé, Hughie sera approché par Butcher, un homme au fort caractère. Un seul de ces Seven est au dessus de toute la société, et à le pouvoir, quasiment littéralement, de faire la pluie et le beau temps : Homelander, un personnage fortement inspiré de Superman. Imaginez Superman avec des travers et un cœur qui ne serait pas noble, un simple humain finalement, et vous aurez le personnage de Homelander : sadique, orgueilleux et peu intéressés par la vie de ceux qu’il est sensé protéger. Que faire si les super-héros décident de n’en faire qu’à leurs têtes, qui pourra les arrêter ? C’est là qu’interviennent les Boys gérés par Butcher, un groupe uni par leur haine commune des supers, et particulièrement des Seven, avec Homelander en tête de liste. Leur but sera de les faire tomber, en n’ayant pour seuls atouts que leur clandestinité et leur ingéniosité.

Le casting est de qualité, proposant des acteurs cependant peu connus du grand public. Karl Urban (Eomer fans la grande trilogie du Seigneur des Anneaux) joue Butcher, et arrive à donner un personnage aux allures de soldats. Hughie, le personnage principal, est interprété par Jack Quaid, vu dans Vinyl et Hunger Games. Son interprétation n’a rien de transcendante, notamment sa phase de deuil qui n’est pas très réaliste. L’acteur arrive à faire évoluer la personnalité de son personnage, passant de mec lambda à un Boys à part entière. Son père est campé par le grand Simon Pegg (vu dans la Trilogie Cornetto, les derniers Mission Impossible ou encore Paul). Pour l’anecdote, le design de Hughie dans le comic est inspiré de Pegg qui apparaissait alors dans la série qui l’a fait découvrir, Les Allumés (Spaced en Vo). Pendant longtemps, l’acteur avait donc était naturellement pressenti pour jouer ce personnage en cas d’adaptation du comic, malheureusement les années ont passé et il est devenu trop vieux pour le rôle, sa présence dans la série est pour ainsi dire une forme d’hommage. Homelander est interprété par Anthony Starr, qui tenait le rôle principal dans la bonne série Banshee. Son interprétation de Homelander en psychopathe sans cœur est saisissante, tellement que nous en venons à le détester. Erin Moriarty ( apparut dans Jessica Jones et True Detective) interprète Starlight, la seule personne vraiment bonne de l’univers pour l’instant (avec Queen Maeve ?), et c’est elle que nous voulons voir gagner. Heureusement qu’elle est là pour avoir un personnage à soutenir à fond sans arrières pensées : à l’image de ses pouvoirs, c’est un vrai rayon de lumière. Dédicace à Tomer Kapon qui joue Frenchie, bien que non francophone, du moins natif – il est israélien – il a fait l’effort de parsemer ses dialogues de mots français.

Des personnages qui apprennent à la dure

La version papier de The Boys propose une approche bien plus cru des faits relatés dans la série, qui a été édulcorée (mais qui reste quand même pour un public averti et adulte). Dans la version papier, beaucoup de super sont des personnes immorales, adeptes de drogues et de sexe, avec peu de considération pour la vie des humains lambdas. Les scènes d’abus sexuels et d’orgies sont présentes à foison, l’œuvre nous balance à la figure ce que ferait les gens sans la société pour les contrôler et les punir.L’une des scènes emblématiques du comic, celle de l’avion (ceux qui ont vu/lu savent) a été bien plus allégée dans la série : celle du comic touche un point sensible de l’histoire américaine, à savoir le 11 Septembre. Il aurait été impossible de passer une telle scène à la télévision, surtout que Amazon est en pleine ascension sur la scène du VOD.

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NEVER

Cela nous pousse à nous poser la question : que ferions nous si demain nous avions les pouvoirs d’un dieu ? L’appel de la liberté d’action est trop tentant, et il nous faudrait une force morale solide pour ne pas partir en vrille. La série diffusée sur Amazon Prime est plus manichéenne que le comic, car Homelander concentre tout l’antagonisme à lui seul, avec dans une moindre mesure A-Train (qui n’est pas foncièrement mauvais mais qui est tout de même un meurtrier) et Deep (qui est débile). Pour preuve, dans le Comic, Starlight est abusée par tous les membres masculins des Seven au début, alors que c’est « seulement » par Deep dans la série. Les super sans fois ni lois sont des dizaines dans le comic, alors que de manière générale, nous n’en voyons que très peu à l’écran.. Du côté des Boys, ils sont tous présentés sous un jour favorable, même Butcher derrière ses airs sans pitié.

The Boys, au-delà d’être une bonne série et une adaptation sommes toute fidèle du matériau d’origine, nous fait donc nous demander ce que nous ferions avec autant de puissance. Ces anti-héros nous fascinent, car ils font fi des règles établies par la société et par nos pairs, et ne vivent que par rapport à leur propre code moral. En un mot, ils sont libres. Sommes-nous jaloux ?

 

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