Star Wars : The Rise of Skywalker – deux réalisateurs pour deux visions.

Notre podcast sur le film

Alors que le monde entier fête Noël et s’apprête à rentrer dans une nouvelle décennie, Disney nous livre sa conclusion de sa trilogie Star Wars. Une trilogie qui a été faite dans la douleur et qui a déjà fait couler un gros paquet d’encre. Offrant une conclusion – non nécessaire – au Retour du Jedi, The Rise of Skywalker (appréciez le switch français/ anglais) nous présente une confrontation finale contre l’Empereur, qui n’était pas tout à fait mort. J.J. Abrams (Lost, Star Trek..) a alors la dure charge de reprendre là où le clivant The Last Jedi de Rian Johnson (quelques épisodes de Breaking Bad, Looper ou encore Knives Out), film adulé par certain et haï par d’autres, s’était arrêté.

Un scénario digne d’un jeu vidéo

Pour pouvoir retrouver l’Empereur, dont le retour est annoncé directement dès le début du film, les protagonistes doivent récupérer divers objets qui indiqueront sa position : une dague et des traqueurs intergalactiques Sith. Nous avons là un exemple typique de MacGuffin : il s’agit d’un objet dont la recherche fait avancer le scénario, sans que cet objet soit nécessairement utile en soit. C’est le cas dans Pulp Fiction avec la mallette mystérieuse, ou dans tous les Indiana Jones. Il s’agit là d’une facilité scénaristique qui permet de remplir une œuvre quand l’inspiration vient à manquer : dans The Rise of Skywalker, les protagonistes sont envoyés de lieux en lieux jusqu’à atteindre la fin de l’aventure et affronter l’ennemi, comme dans un jeu vidéo. Rien n’est vraiment transcendant dans l’histoire que l’on nous montre, ni les nouveaux lieux, qui ne brillent pas par leur originalité, ni le plan de l’Empereur qui est plus que bancal, ni les péripéties.. En ce point, nous devons avouer que The Last Jedi proposaient des environnement plus travaillés. Enfin, notre hantise s’est avérée correcte : nous n’avons pas un seul combat correct au sabre laser, contrairement à ce qu’avait fait la prelogie.

Sith Dagger KM
Le fameux MacGuffin

Une saga pour deux visions

Pour ce neuvième opus, c’est donc J.J. Abrams qui revient aux commandes, après le renvoie de Colin Trevorrow par Kathleen Kennedy, présidente de LucasFilm, officiellement pour « différents artistiques ». Après les mauvais retours de la part du public suite à The Last Jedi (à tord ou à raison), Abrams – ou Disney peu importe – a pris le parti de défaire purement et simplement ce qu’avait imaginé Johnson. Le neuvième épisode est donc une suite direct du septième, voire carrément du Retour du Jedi. Abrams a dû condenser sa nouvelle vision en un seul film, film qui devait en plus conclure la saga. C’est pourquoi le scénario va littéralement à 200 à l’heure. À notre sens , il aurait été plus judicieux de continuer sur la voie de Johnson, pour avoir une histoire plus cohérente, autant assumer jusqu’au bout. Néanmoins, au vue de la tâche qu’avait Abrams, il s’en est tout de même bien sorti : beaucoup de portes avaient été fermées dans The Last Jedi, et les deux réalisateurs se sont fait des pieds de nez mutuels. Voici quelques exemples des moments où The Rise of Skywalker fait un demi tour complet par rapport à The Last Jedi :

  • Kylo Ren répare son masque brisé,
  • Les parents de Rey ne sont pas « personnes » finalement,
  • Kylo n’est pas l’antagoniste principal, comme l’aurait voulu Johnson,
  • Luke assume enfin son rôle de maître Jedi (Johnson avait abusé sur ce coup là avouez),
  • Les rebelles ne sont plus tout seuls et un bon nombre de personnes viennent les aider à la fin (alors que le danger est autrement plus grand d’ailleurs),
  • Le personnage de Rose, plutôt mal aimé, n’a qu’une poignée de scènes (l’actrice s’était faite insulter personnellement ce qui est nul),
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JJ et Rian, deux frères ennemis

Obligé de ressortir un ancien antagoniste

Si le retour de l’Empereur Sheev Palpatine, le Dark Lord of the Sith, avait déjà été exploité dans ce qui est à présent l’univers Legends, notamment dans des comics, il est toutefois plus douloureux de le voir en film, ancrant ainsi à jamais cet état de fait dans la continuité de la saga. Comme Jim le dit très bien dans notre podcast, cela rend de fait le sacrifice de Dark Vador caduque, et par extension la prophétie Jedi qui fait de lui l’élu de la Force. Le fait est que Snoke, qui avait été prévu pour être l’antagonisme de cette saga (ce qui aurait pu être cohérent car techniquement, il n’était pas un Sith), a été tué par Kylo dans l’épisode huit. Si cette action peut déranger, pourquoi pas finalement, l’antagoniste final aurait été du coup Kylo comme Suprême Leader du Premier Ordre. Il en a été jugé autrement, comme nous l’avons évoqué précédemment, le personnage n’ayant peut être pas assez de construction pour remplir ce rôle. Certains pourront argumenter en disant que l’empereur fait sa première apparition physique dans Le Retour du Jedi, et donc à la fin de la trilogie, mais soyons honnête, l’antagoniste principal, celui qui faisait avancer l’intrigue, était de toute façon Vador. La survie de l’Empereur ainsi que la création de Snoke sont deux points par ailleurs complètement éclipsés.

Emperor LucasFilm
Celui qui ne meurt jamais

La question de la Force

Nous ne pouvons aborder cet épisode sans parler de la question de la Force. Déjà outil très puissant dans The Last Jedi (big up Leia), la Force est devenue de la magie dans The Rise of Skywalker. Sur ce point, Abrams s’est basé sur les travaux de Johnson. Les possibilités sont devenues il semblerait infinies : guérison instantanée, pouvoir de rendre la vie, téléportation d’objets et de personnes, actions tangibles des fantômes de Force sur le monde réel.. Cela aurait pu être acceptable si cela ne créait pas d’incroyables problèmes de cohérences avec les autres films. Là encore, certains aspects étaient présents dans Legends, mais tout cela est à présent ancrés dans les films, et donc dans la trame officielle : les futurs films Star Wars seront obligés de prendre en compte ces nouvelles capacités surpuissantes de la Force.

Baby Yoda KM
Nouvelle égérie de Disney +

Un mot sur le casting

Évidemment, Adam Driver est le point fort de cette trilogie, c’est un acteur excellent, qui est en vogue actuellement à Hollywood. Compte tenu de ce qui lui a été demandé, sont interprétation de Kylo Ren est honorable. Le trio Finn, Poe et Rey est là encore le point central de cet opus, The Rise of Skywalker fait enfin un effort pour créer une relation entre eux, une relation qui arrive cependant bien tard dans la trilogie. Rien de nouveau à dire sur les trois acteurs que sont Daisy Ridley, John Boyega et Oscar Isaac. La dynamique est tout de même crédible. Dommage toutefois que les passés de Rey et de Finn n’aient pas été plus creusés. Manque de temps sûrement.

Le décès de Carrie Fisher avant le début du tournage a mené à une réécriture du scénario. Les équipes ont récupéré des images non utilisées des films précédents pour les intégrer à ce neuvième opus. Compte tenu de la manœuvre et des impératifs, le résultat est tout de même correct. La mort de Leia a réussi à être intégré de manière efficace au scénario. Signalons le retour de Billy Dee Williams, dans le rôle de Lando Calrissian. Le personnage n’apporte pourtant pas grand chose, et l’acteur n’est pas vraiment doué, moins que dans la trilogie originale en tout cas. Mais bon, à sa décharge, l’homme a dépassé les 80 ans. Dominic Monaghan (Lost, Le Seigneur des Anneaux) est aussi présent, récupérant une partie des répliques destinées très probablement à Rose. Il s’agit du troisième acteur de l’histoire à avoir joué dans Star Wars et Le Seigneur des Anneaux avec Andy Serkis, qui jouait Snoke, et le regretté Christopher Lee, qui interprétait alors le Comte Dooku. La partie où les Jedis se mobilisent pour soutenir Rey est un hommage à l’ensemble de la saga dans son ensemble, incluant les versions animées (Rebels, Clone Wars...), car de nombreuses voix appartenant aux acteurs intervenant peuvent être entendues.

Carrie Fisher KM
Adieu Princesse

Où va donc cette saga à présent ?

Le futur de Star Wars est difficile à décrire à présent. Nous avons The Mandalorian sur Disney +, tout de même une série solide, ainsi que des rumeurs sur une trilogie pilotée par Rian Johnson, tandis que la trilogie promise aux deux show runners de Game of Thrones, David Benioff et D.B. Weiss, leur a été retirée, sûrement dû au naufrage de la saison 8. Saison 8 qu’ils avaient rushé, ironiquement, pour partir chez Disney. Ce qui est sûr c’est que la firme de la souris a réussi à casser l’engouement que les fans avaient pour la saga : les files d’attentes avec fans déguisés, typiques de la nouvelle sortie d’un opus (dès L’Empire Contre-Attaque, pour la prélogie et même pour The Force Awakens) n’ont plus lieu aujourd’hui, un état de fait que même les fans de The Last Jedi ne peuvent nier. Kathleen Kennedy est paraît-il sur la sellette après les critiques décevantes, et Kevin Faige, maître du MCU, aurait été appelé en renfort. L’univers va être mis en pause pendant un temps au cinéma.

Kathleen Kennedy KM
Kathleen Kennedy, maîtresse de LucasFilm. Plus pour longtemps ?