1917 : grandiose représentation de la « Grande Guerre »

L’année 1918 fut le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale. Ce conflit fut vécu par ses contemporains comme extrêmement traumatisant : les nouvelles technologies de l’époque, notamment l’artillerie, ont permis de tuer en masse. Cette guerre, que les deux camps belligérants estimaient rapidement terminée, dura quatre années, et ne ressembla à aucun conflit qui eut lieu jusqu’alors : le nombre de morts fut alors sans précédant. Une réplique évocatrice dans le film résume bien la tourmente dans laquelle se trouvait les soldats de l’époque : « There is only one way this war end : last man standing », traduction grossièrement : « cette guerre ne peut cesser qu’au dernier survivant ».

 

La Grande Guerre, plus d’un siècle déjà !

Le centenaire fut donc l’occasion de réaliser un certain nombre d’œuvres sur la Première Guerre Mondiale, qui est moins exploité au cinéma que la guerre qui suivit (qui, oserons nous dire, a tout pour faire de bons films d’action). Le projet 1917 a justement été décidé en 2018, et c’est alors Sam Mendes (réalisateur de Spectre et Skyfall) qui est aux commandes tant au niveau de la réalisation que de l’écriture du scénario. L’idée du script lui vint de l’histoire de son grand-père, qui était alors messager britannique sur le front de l’Ouest, et plus particulièrement de son livre The Autobiography of Alfred H. Mendes 1897-1991. En centrant son récit sur la délivrance d’un message comme objectif à atteindre, 1917 opte pour un montage tout en mouvement, un parti pris d’habitude alloué aux films relatant de la Seconde Guerre Mondiale. Nous le savons, la Première Guerre Mondiale était un conflit résolument statique, fait de tranchées, avec des mouvements de troupes rares (et des assauts futiles par ailleurs).

1917 suit Tom Blake et Will Schofield, deux caporaux britanniques chargés d’une mission en apparence anodine quand au déroulé de la guerre, mais humainement de la plus haute importance. L’armée britannique s’est rendu compte grâce à son aviation que l’apparente retraite allemande sur un certain point du front de l’Ouest français n’était en fait qu’un piège. L’assaut britannique prévu le lendemain, dont fait parti le frère de Blake, se précipitera dedans et 1600 soldats mourront. Les deux soldats doivent donc traverser le No Man’s Land et prévenir l’autre garnison, située à plusieurs kilomètres de la leur, pour stopper l’attaque avant qu’elle n’est lieu.

Une réalisation originale, avec un casting british

Ce mouvement, parlons-en justement. 1917 est tourné comme un long et unique plan-séquence, à l’image de ce qui avait été fait pour Birdman de Alejandro González Iñárritu par et La Corde d’Alfred Hitchcock. Ainsi, le film est sensé se passer en temps réel (avec une astuce scénaristique au passage pour faire avancer le temps) : nous suivons donc en direct les deux soldats, au travers du conflit, pour un résultat presque documentaire. De manière intéressante, nous pouvons voir d’où ils viennent – car la caméra les filme surtout de face – et suivre mentalement leur cheminement : le bosquet qu’ils viennent de traverser ? Nous pouvons le voir en arrière plan pendant plusieurs minutes. Les plans alternent paysages et endroits exigus, visages et moments d’obscurités : la découverte est constante. Mention spéciale aux premiers instants du long-métrage, où les deux soldats partent d’un cadre idyllique et s’enfonce peu à peu dans la tranchée et son aspect infernale.

Évidemment, 1917 n’a pas été tourné en une seule prise de vue, mais les coupures sont faites à des endroits stratégiques pour que le spectateur ne se rende compte de rien. Sam Mendes a avoué que le film avait été un véritable défi technique à tourner, voilà pourquoi, peut-être, peu de réalisateurs tentent l’expérience. Citons tout de même la scène finale, qui elle pour le coup est un véritable plan-séquence de neuf minutes et qui nous prend aux tripes. Le conflit est représentée dans toute son horreur et toute son absurdité : nous voyons les images horrifiques aux côtés de Blake et Schofield, ce qui permet d’ailleurs de voir le peu de réaction de nos héros vis à vis des cadavres qu’ils croisent, preuve de la déshumanisation qu’entraîne la guerre.

Le casting est très étoffé et quasi-exclusivement britannique, multipliant les têtes connues. Outre Georges Mackay (qui est excellent dans le film, vu dans Les Secrets de Marrowbowne) et Dean-Charles Chapman (connu pour son rôle de Tommen Baratheon dans Game of Thrones), nous avons aussi la présence de Richard Madden (le fameux Robb Stark, toujours dans Game of Thrones), Colin Firth (Love Actually, Bridget Jones), Benedict Cumberbatch (Sherlock, Doctor Strange), Mark Strong (Kingsman, Shazam!) ou encore Andrew Scott (Sherlock encore, Black Mirror). La plupart ne sont à l’écran que pour le temps de quelques instants (hormis évidemment les deux personnages principaux), le temps, en fait, de croiser la route de nos deux héros.

Quel avenir pour le genre, quel avenir pour 1917 ?

Mendes a pris le parti de ne montrer la guerre seulement du côté britannique, occultant la vision des autres camps, montrant des soldats anglais comme seuls détenteurs du courage et du sacrifice. Cela ne peut être porté contre lui, mais nous nous demandons donc : à quand un film français sur ce thème ? Un autre bémol : le film est manichéen dans sa représentation du conflit, les quelques allemands représentés semblent sans morale, contrairement aux britanniques qui font preuves de bonté…

Malgré cela, ce long-métrage remplis la mission qu’il s’est imposé, et s’inscrit dès à présent comme un l’un des meilleurs films de l’année 2020. Même si vous n’aimez pas les films de guerre, celle-ci est plus contextuelle que vraiment centrale, au contraire de métrages basés sur le conflit et sa résolution (Fury ou Inglorious Basterds par exemple). Les scènes d’actions n’ont pas lieux de manière incessantes, et sont ponctués de moments doux et humains, comme celle avec la mère française et son enfant, preuve qu’il y a encore de l’humanité même en plein enfer. Laissez une chance à 1917, vous en sortirez touchés, mais pas déçus.

1917 a triomphé aux Golden Globes avec les victoires notables de ceux du meilleur film dramatique et du meilleur réalisateur. L’œuvre a d’ores et déjà huit nominations aux Oscars, notamment celui du meilleur film. Il sera en opposition direct pour le trône avec Joker, Le Mans 66 et Once upon a time… in Hollywood. Fin du suspens le 9 février 2020.