Le Clan des Otori : une saga familiale qui rend hommage au Japon médiéval

Le Clan des Otori (Tales of the Otori en version originale) est une saga littéraire publiée par l’australienne Lian Hearn et qui fut appréciée par la critique lors de la sortie des différents tomes entre 2002 et 2007. Le récit nous transporte dans un Japon médiéval fictif, et pourtant extrêmement réaliste, où nous suivons le personnage de Takeo, simple orphelin qui atteindra les plus hautes strates du pouvoir, ainsi que dans une moindre mesure, Kaede, princesse qui est au début du récit retenue en otage par un clan pour s’assurer la loyauté de sa famille. Cette dernière n’est pas en reste, et sa tâche est autrement plus admirable : nous suivrons son cheminement vers le respect de ses paires et l’indépendance dans une société alors profondément patriarcale et misogyne.

Un beau matin, le village perdu de Takeo se fait attaquer par le clan Tohan, ennemi des Otori. Et pour cause, ce village est peuplé par les « Invisibles », des personnes qui pratiquent une religion différente et qui est interdite dans l’Empire du Milieu (nous comprenons qu’ils sont inspirés des chrétiens, alors persécutés au Japon au XVIIème siècle). Alors que son heure semble venue, Takeo est sauvé par Shigeru, le chef du Clan des Otori, avec lequel il va tisser un lien filial profond. A eux deux, ils se donnent pour mission de se venger des Tohan. En parallèle, nous suivrons le cheminement de Kaede vers la liberté, jusqu’à sa rencontre avec les deux hommes. Vous l’aurez compris, la saga du Clan des Otori fait la part belle aux complots en tout genre entre les clans et les familles. À cela s’ajoute l’intervention de la Tribu, une guilde d’assassin à laquelle Takeo est lié, et qui pratique des arts ninja agrémentés de magie.

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Carte Clan des Otori KM
Carte du Pays du Milieu

Un univers recherché

Le scénario est centré sur Takeo, dont le récit est à la première personne dans les trois premiers volumes, au contraire de l’histoire de Kaede qui reste à la troisième personne. Au quatrième volume, celui du dénouement, la troisième personne est de mise même pour Takeo, cela devant la multiplication des personnages, dont certains ont dorénavant autant d’importance que lui, pour nous mais aussi dans le récit. La saga se compose de cinq romans, dont l’histoire centrale s’achève avec le quatrième, le cinquième tome, Le Fil du Destin étant, à notre grand dam, un préquel sur l’adolescence de Shigeru. Bien que cela permette d’approfondir le personnage et l’univers, cela signifie aussi que la saga de Takeo est bel et bien terminée.

L’intrigue prend essentiellement place au sein du « Pays du Milieu », un pays qui s’inspire évidemment fortement du Japon médiéval. Nous ne pouvons que constater le travail important de la part de l’auteure derrière cette idée tant le niveau de détail apporté à cet univers est stupéfiant. Que ce soit pour les noms de personnages ou de lieux, les coutumes et traditions, la politique ou encore les événements historiques, nous nous y croyons. Le mystère qui est entretenu par rapport au reste du monde renforce cette sensation d’isolement que connaissait le Japon durant la majeure partie de son histoire. Toutes les découvertes sont vues à travers les yeux des habitants de ce pays avec une version intelligente de l’habituel point de vue occidental : des éléments de géographie, de religion ou encore d’histoire sont inspirés de notre monde, mais sont nommés différemment ( comme la Chine qui est nommé Cin, ou des explorateurs dont le pays n’est jamais nommé mais que nous devinons inspirés des portugais – premier explorateurs à y mettre les pieds en 1543 – grâce à une succession d’indices). Franchement, c’est bien pensé et cela nous donne une idée de comment les gens ont pu réagir à l’époque. Lian Hearn a réalisé un véritable travail de recherche, celui d’une vraie passionnée, pour nous proposer un Japon cohérent, dans lequel nous apprécions de voyager au fil du récit.

La grande vague de Kanagawa Hokusai KM
La Grande Vague de Kanagawa Hokusai – 1830

Une histoire qui se complexifie au fur et à mesure des pages

L’histoire du Clan des Otori trouve principalement sa force dans les derniers tomes : la multiplication des points de vue permet de rajouter des intrigues, avec des personnages et des situation qui prennent plus de corps. Le quatrième tome, Le Vol du Héron, est aussi celui de la maturité : Lian Hearn connaît désormais son monde sur le bout des doigts et n’hésitent pas à en repousser les limites, tant géographiques que scénaristiques (les complots, par exemple, sont plus élaborés que dans les premiers tomes). Tout n’est pas parfait toutefois : les premiers tomes adoptent des solutions plutôt simplistes dans la résolution de certains conflits, parfois à l’aide de « Deus Ex Machina », certaines batailles sensées être importantes sont éludées rapidement (ce qui est moins le cas plus tard dans le récit), et l’histoire est centrée sur une poignée d’acteurs seulement. L’auteure a du rappeler des personnages secondaires alors sans nom dans les premiers chapitres pour les propulser sur le devant de la scène dans les tomes suivant (Fumio le pirate notamment, qui est l’ami à peine nommé de Takeo lors de son arrivée à Hagi). Enfin, certains passages sont lourds et trainent en longueur, ce qui fait qu’il est possible de décrocher à certains moments de la lecture.

Tout de même, Le Clan des Otori reste une bonne saga littéraire, qui saura plaire à tout âge ! Fan de Japon, de Game of Thrones ou de fantasy, chacun y trouvera son compte ! En janvier 2020 est sorti le sixième tome, inattendu, de la saga : Orphan Warriors (toujours pas de titre officiel en français), qui pour le coup  l’air d’être une suite indirecte. Nous avons hâte de le lire ! Par ailleurs, les droits pour le premier film ont été vendu à Universal. Patience donc.

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