Les Simpsons : pourquoi une telle déchéance ?

Il fut un temps où Les Simpsons dominait (au singulier car nous parlons de l’œuvre ici), le petit écran. La série était largement un phénomène de société, et rassemblait les petits et les grands devant le poste de manière ritualiste. Une ère qui est révolue depuis longtemps : il est difficile de nos jours de trouver quelqu’un qui suit encore le show. Pourtant, Disney ayant racheté la Fox, la série revient sur le devant de la scène avac sa diffusion sur Disney Plus (car il faut bien rentabiliser les milliards de dollars dépensés pour la transaction pas vrai ?). La question se pose donc : pourquoi une telle déchéance de ce monument de la culture populaire ?

Les Simpsons peut être vu comme le dernier sursaut des années 1980, une époque où tout était encore à inventer en terme d’humour à la télévision. Deux semaines avant la fin de la décennie, Les Simpsons firent leur apparition sur la Fox, sur une idée de génie de Matt Groening. Le succès fut total et instantané, malgré les dessins moches et le look atypique des personnages, qui reposait sur trois piliers : la satire, l’humour, et le cœur. Les Simpsons se voulait une œuvre à contre-pied de celles représentant des familles parfaites (autant dire toutes à l’époque) en mettant en avant des gens normaux et réalistes, qui avaient largement leurs moments de galère. Le seul exemple notable affichant ce type de profil auparavant était Marié, Deux enfants, une œuvre qui a lancé une tendance comme nous l’avions évoqué dans l’article sur Malcolm in the Middle (une œuvre qui surfe d’ailleurs sur ce concept).

 

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Les vrais héros c’est nous !

 

Le saviez-vous ? Les Simpsons sont jaunes car selon Matt Groening, c’est la couleur parfaite pour attirer l’attention du téléspectateur et ansi cesser son zapping .

 

Une oeuvre pour les critiquer tous

Le but était alors de créer une satyre du système américain, sous couvert de l’humour. Les Simpsons n’avait alors peur de rien : la série faisait tellement preuve d’impudence qu’elle s’est attaquée à plusieurs pays, tels le Brésil ou l’Australie, suscitant en retour les critiques des gouvernements concernés. George Bush senior lui-même a craché sur l’oeuvre, alors que Bart faisait dresser les cheveux sur la tête des familles bien pensantes. Et oui, Bart était un symbole de rebellion dans les années 90, faisant au passage les joies du merchandising ! De nos jours pourtant, dans une époque propice aux dénonciations en tout genre, Les Simpsons n’ont pas su surfer sur la vague, et toutes traces de contestations ont laissé la place à des scénarios pauvres, qui n’apportent aucune réflexion. Les personnages étaient originellement représentés par des défauts : Barney l’alcoolique, Moe le dépressif suicidaire, Burns le capitaliste véreux.. Des traits qui se sont atténués au fur et à mesure des épisodes récents, où tous sont devenus de plus en plus fréquentables. Homer, quand à lui, personnage emblématique et fer de lance du show, n’est plus du tout le même qu’il y a vingt ans, devenant juste un débile léger, dans lequel il est difficile de se transposer et de se reconnaître, et par extension, de transposer à notre système. Les Simpsons ne manquaient pas de cœur non plus, nombreux étaient les passages émouvants, faits de trahisons et de retrouvailles, avec par exemple des histoires qui finissent sur des liens plus renforcés entre les membres de la famille. Les aléas de cœur entre Homer et Marge étaient par exemple sources et moteurs de beaucoup d’épisodes. L’épisode Lisa’s Substitute (Mon prof, ce héros au sourire si doux en VF) est souvent vu comme emblématique des débuts des Simpsons, apportant un réel message et s’achevant sur une note mélancolique, traitant de l’importance des liens aux autres, mais aussi du courage.

Enfin, l’humour des débuts était plus recherché, les gags étaient mieux construits, se déroulant sur plusieurs situations. A contrario, nous avons aujourd’hui des gags plus situationnels, comme des chutes ou liés à la débilité des personnages. D’aucun diront que la perte de force est due à l’ancienneté du show, qu’il est difficile de se renouveler. Cet argument n’est pas valable : South Park, par exemple, reste toujours suivi et la qualité reste globalement au rendez-vous.

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L’époque bénie de la toute-puissance

 

Le saviez-vous ? Les Simpsons est la plus longue série prime-time de la télévision américaine ainsi que le plus long cartoon.

La chute du roi

La qualité a commencé sérieusement à décliner aux alentours de la dixième saison, pour commencer à descendre franchement à partir de la douzième saison, c’est à dire au tournant du millénaire. Pour certains, la cassure a commencé dès la saison huit, moment où les histoires des épisodes ont commencé à perdre de leur logique au profit de l’humour : Homer qui devient boxer, Bart qui gère une maison close etc. L’exemple le plus notable de ce glissement est l’épisode deux de la neuvième saison, The Principal and the Pauper (Le Principal principal en VF) où il est révélé que Skinner n’est pas le vrai Skinner. Pour combler ce manque d’imagination, ce show qui se voulait être aussi une critique du star-system américain a à présent des guest dans la plupart de ses épisodes. Sur Imdb, les épisodes de la saison 31, en cours de diffusion ont en moyenne cinq sur dix de moyenne. Sur les épisodes les mieux notés, il faut remonter au 39ème pour en voir un qui est sorti après les années 1990 (2001 pour le coup)… Tout n’est pas à jeter néanmoins (sur un tel nombre d’épisodes ce serait une aberration), car il y eu quelques fulgurances, tels l’épisode neuf de la saison dix-neuf Eternal Moonshine of the Simpson Mind (Soupcons en VF) ou l’épisode neuf de la saison vingt-trois Holidays of Future Passed (Le Futur Passé en VF), acclamés par la critique.

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Le top 15 des épisodes les mieux notés. Pas un après 1997…

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce changement de ligne scénaristique. L’équipe de scénaristes originelle s’est depuis longtemps dissoute, et avec elle, la vision des Simpsons telle qu’elle fut imaginée alors. Matt Groening s’en est en réalité assez vite détourné, et a mis bien plus de cœur dans Futurama, puis Désenchantée. Il faut aussi souligner la hausse de la concurrence dans le marché des dessins animés pour adulte, qui s’est largement densifiée avec les décennies. Au début des années 90, Les Simpsons régnait en situation de monopole (ou pas loin) sur le petit écran. Même Beavis and Butt-Head puis South Park (toutes deux tout de même plus crues que Les Simpsons) sont apparus bien des années plus tard. De nos jours, nous avons Rick and Morty, BoJack Horseman ou encore Family Guy (Les Griffins en VF) etc. Paradoxalement, c’est Les Simpsons qui a lancé ce courant, créant sa propre concurrence, la série elle même étant par ailleurs devenue plutôt orientée pour les enfants.

lion king disney GIF
Mufasa-Simpsons a chuté depuis longtemps

 

L’œuvre paraît de plus moins intouchable qu’à ses débuts. Citons comme preuve le documentaire The Probleme With Apu écrit et réalisé par Hari Kondabolu. Il y dénonce les stéréotypes racistes que véhicule le personnage de Apu. L’épicier d’origine indienne était à l’époque la seule apparition régulière dans un média mainstream d’un personnage d’origine sud-asiatique. Cependant, le créateur du documentaire accuse Les Simpsons d’avoir joué sur les stéréotypes et d’avoir subit du harcèlement plus jeune à cause de la façon dont été dépeint les indiens dans le show via Apu, des propos aussi rapportés par des acteurs indiens célèbres tel Aziz Ansari (Master of None, Parks and Recreation). Le fait que ce soit un blanc qui double le personnage en reproduisant l’accent indien, en l’occurence Hank Azaria (vu dans le Godzilla de 1998), a été vu comme un manque de respect, une sorte de « brown-face » (par rapport à la triste pratique du « black-face », où des blancs se déguisent en noir à des vues dénigrantes). Depuis cette affaire, le personnage a été mis de côté, malgré les propos défenseurs de Matt Groening puis des scénaristes au travers de l’épisodeNo Good Read Goes Unpunished (Une bonne lecture ne reste pas impuni en VF). Seulement, Les Simpsons avaient pour principe de clasher tout le monde, comme une marque de fabrique, et se moquait bien des conséquences à l’époque. Plutôt que de minimiser la souffrance bien réelle de ceux qui ont subit ce racisme, peut-être aurait-il été plus judicieux de faire évoluer le personnage pour défendre la cause. En parlant des personnages de Springfield, terminons par noter qu’il manque à la série un vent de fraîcheur par manque d’ajouts de nouvelles figures. Certains ont même disparu suite au décès des acteurs qui les doublaient.

Gageons toutefois que la série a encore de belles heures devant elle, car en février 2019, Les Simpsons a été renouvelée pour deux saisons supplémentaires, soit un total de trente-deux saisons en 2021. Œuvre tout de même phare de la Fox pendant plus de deux décennies, il serait étonnant de voir Disney jeter la série aux oubliettes seulement quelques années après en avoir fait l’acquisition. À voir si les scénaristes oseront critiquer leur nouvelle maison de production comme ils le faisaient avec la Fox.

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