Dark : pourquoi la série allemande est une œuvre intelligemment complexe ?

Sans conteste la série allemande la plus connue à l’international (après Derrick peut-être) – et la première œuvre germanophone produite par Netflix  , qui créé de plus en plus de contenu en langue étrangère- Dark a tiré sa révérence après trois saisons magistrales. Parut fin 2017, jouant sur son aura de mystère et sa graphie rappelant celle de Stranger Things (alors phénomène important à l’époque), Fort heureusement non annulée en cours de route par Netflix,  comme la firme à coutume de le faire (The OA, Sense8, Daredevil and co, Anne with an E…), Dark nous a apporté sa conclusion sur les événements de Winden. Pour un récap des deux premières saisons, notre podcast est disponible en haut de cet article (avec un total manque de professionnalisme).

You can’t change the past

Vous le savez, le point de départ des aventures de Jonas est la disparition de Mikkel dans le passé, en 1986. Cet événement a lancé le cycle sans fin que nous voyons à l’écran (à ne pas confondre avec le début scénaristique, qui lui, n’a ni début ni fin). Contrairement à d’autres œuvres traitant des voyages dans le temps, les scénaristes de Dark ont fait le pari de propose une ligne temporelle gravée dans le marbre. En effet, dans des films comme Back to the Future ou Terminator, le passé est allégrement changé dans le but de modifier le futur, ce qui n’est pas possible ici : ce qui s’est passé est inaltérable. Que ce soit simplement par l’intervention des personnages qui s’évertuent à perpétuer un cycle ou par les lois de la physique, rien ne peut être altérer, au grand dam de Jonas et de Claudia, qui passeront leurs vies à vouloir changer le passé. Si le premier finira par changer de vision, c’est la ténacité de la deuxième qui mettra un terme à tout cette boucle sans fin.

Cette ultime saison de Dark est ainsi bien plus complexe que les précédentes, mais pas compliquée pour autant. Cette fois-ci, les créateurs ont pris soin de noter la date à chaque changements d’époque, ce qui est une aide précieuse. De même, le changement de monde est représenté à l’écran par un effet de trou de verre, un système dans la même veine que le cliquetis d’horloge lors des changements d’époque durant les saisons précédentes. Il est toutefois bien pratique de regarder la série à plusieurs afin de s’entraider dans la compréhensions des faits passés et des personnages. Heureusement, de belles infographies existent sur le net, il peut être utile d’y jeter un œil.

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Une philosophie étrangère des bons habitants de Winden

 

Tel l’univers, Dark est en constant expansion

L’univers de la série s’est élargie au fur et à mesure de son avancée : nous apprenons dès la fin de la seconde saison l’existence d’un univers parallèle. Cette nouvelle idée est une véritable preuve d’audace de la part des créateurs, et elle a été résolue avec succès, parfaitement intégrée dans le récit, alors que ça aurait pu être tout à fait casse-gueule. Le nombre d’époque visité s’agrandit aussi. Durant la première saison, les voyages temporelles se font exclusivement dans le passé : en 1986 et 1953., la seconde saison nous emmène en 1921 puis 2053 tandis que la troisième saison nous présente effectivement ce nouveau monde parallèle, mais aussi 1888. Les personnages passent d’ailleurs plus de temps dans les différentes époques, ce qui, en plus de donner de l’air à la timeline, nous explique pourquoi certains personnages ont fini par vieillir.

Nous parlions plus tôt d’une boucle infinie. Nous apprenons ici que celle-ci a pour origine l’enfant de Jonas et de Martha, tous deux venus d’un monde différent. Ce personnage, nommé « The Unknown » est celui qui met en place l’Apocalypse, en intervenant à divers moments du temps. Il obéit à Eva, une Martha du futur (et donc aussi sa mère), afin de perpétuer le cycle qui permettra de créer son monde. Elle s’oppose à Adam, qui lui veut briser ce cycle afin de détruire leurs deux monde, afin de créer un « paradis ». C’est ainsi une vraie guerre du temps entre la Sic Mundus d’Adam et la Erit Lux d’Eva.

En outre, c’est en partie au travers de Unknown que les quatre familles que l’on suit – Doppler, Nielsen, Tiedemann et Kahnwald – sont créées : il est en effet un ancêtre commun à tout ce beau monde de part son union avec Agnes Nielsen. De manière générale, tous les personnages sont à la fois leurs propres descendants et leurs propres ancêtres, l’exemple le plus parlant étant Charlotte qui est à la fois la fille et la mère d’Elisabeth. De même, Jonas est l’arrière-arrière-grand-père de son père.

Les acteurs interprétant des personnages de différentes époques se ressemblent, un choix artistique plébiscité depuis le début du show qui facilite encore notre visionnage. Merci aux créateurs d’avoir fait tout le sale boulot pour nous ! Notons que certains personnages sont joués par des membres de la même famille dans la vraie vie : Unknown adulte et Unknown vieillard sont pères et fils, tout comme Peter Doppler jeune et Peter Doppler adulte.

 

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Huuum…

 

Une fin un poil légère pour un tel chef d’œuvre

Nous avons tout de même la sensation que Dark a été abrégée, tant les actions finales s’enchaînent rapidement, même si, nous le savions, le nombre de trois saisons a été déterminé à l’avance. Alors que la fameuse Apocalypse tarde à venir (et même quand elle a eu lieu, nous avons le droit à de nouveaux moments qui la précède), les événements qui la suive se déroulent à toute vitesse. Huit épisodes pour amorcer une conclusion à un tel enchevêtrement ainsi que pour présenter le monde d’Eve, c’est bien trop court. De même, le monde post-apocalypse n’est pas vraiment développé : quand est-il du monde au delà de Winden ? Comment survivent les rescapés ?

Plusieurs personnages auraient pu être développés : la Elisabeth du futur, la transition de Jonas à Adam, les pérégrinations de Claudia… Il y aurait matière à faire des spin-off ! La fin est plutôt facile et tombe de nulle part : le concept de H.G. Tannhaus qui créé les deux mondes par accident en voulant sauver son fils n’est pas du tout annoncé précédemment. Ce personnage est secondaire, au mieux, et détient pourtant toute la clé de l’histoire. En bref, par un tour de passe-passe d’une poignée de minutes, toute l’histoire que nous avons suivi est effacée. L’ultime scène reste intelligente toutefois, nous y voyons les habitants de Widen non reliés à Adam et Eve, profitant d’un diner, avec « Jonas » étant le tout dernier mot.

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Déjà ?

En conclusion, Dark est une série qui a de nombreuses qualités, complexe et prenante, elle mérite de se faire connaître, mais aussi de faire des émules. Les séries plus « simples », plus orientées action, du genre La casa de papel sont cools aussi, mais il est toujours agréable de se creuser la tête de temps à autre ! Espérons que Netflix assume cette ligne créatrice audacieuse. Personnellement, Dark est sans conteste dans le top 5 des meilleures séries que j’ai pu voir (la première étant toujours Breaking Bad). Qui l’aurait cru ?

 

 

 

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