Tenet : sauveteur du cinéma ou flop ?

Podcast sur Tenet

Repoussé maintes fois, le dernier film de Christopher Nolan, Tenet, annoncé comme l’œuvre qui allait sauver le cinéma après cette histoire de pandémie, est enfin sur nos écrans. Tenet est effectivement le blockbuster de l’été, principalement dans la mesure où la concurrence à ce niveau là était plutôt faiblarde (Greenland et … c’est tout?). Imaginé comme un hommage aux films d’espionnage, James Bond en tête, il s’agit du second film le plus cher de Nolan, après The Dark Knight Rises, avec un budget compris entre 200 et 225 millions de dollars, rien que ça ! Mais alors, coup de génie ou pétard mouillé ?

Tenet prend un peu la tête, faut le dire

Le scénario de départ de Tenet, que Nolan a mis plus de cinq ans à écrire, part d’un postulat plutôt original : le temps peut aussi avancer en sens inverse du nôtre, c’est à dire du futur vers le passé (la fameuse « inversion de l’entropie »). Les humains du futur veulent influencer sur notre passé, c’est à dire notre présent, pour sauver leur présent à eux. C’est donc au Protagoniste, à Neil (tout deux faisant parties de l’organisation Tenet) et à Kat de les en empêcher. Les humains du futur sont aidés par Sator, un oligarque russe retor et plein de ressources.

Le concept, nous le comprenons, mais les raisons scientifiques de cette situation restent floues même après le visionnage du film. Christopher Nolan prend un malin plaisir à nous perdre, que ce soit dans le flux incessant d’informations ou certaines scènes qui sont sens dessus dessous (celle du tunnel à la fin notamment). Cet aspect du scénario est tout de même interessant et bien rendu visuellement, les scènes d’action sont nerveuses et mises en scène avec brio, avec l’utilisation maligne des flux temporels inversés : ça avance et ça recul en même temps.

Un scénario qui aurait pu être plus fort

Au delà de ces réussites scénaristiques, quelques bémols sont pourtant à souligner : nous apprenons au bout d’un moment dans le film qu’il y a neuf pièces d’artefacts à récupérer pour, en gros, empêcher la fin du monde. Cela est l’exemple classique d’un McGuffin, ces objets à retrouver qui font avancer l’intrigue dans les œuvres (un truc de paresseux un peu), comme ce fut le cas par exemple dans Star Wars IX : Rise of Skywalker avec la dague à récupérer. De même, la cause de ce danger venu du futur dans Tenet aurait pû être quelque chose de vraiment dérangeant (aliens, guerre nucléaire, robots tueurs…), il s’agit juste ici d’empêcher le réchauffement climatique, louable mais tout de même un peu faiblard (surtout que le changement c’est maintenant qu’il faut le faire). Enfin, apporter un love interest au Protagoniste avec Kat n’était pas forcément utile. Nolan voulait-il rendre hommage aux James Bond Girls ? Peut-être, mais cela n’a pas vraiment servi l’intrigue, et la même détourné de son propos de départ.

Tenet a été majoritairement réalisé sans effets numériques, seulement avec des jeux habiles de caméra et un max de budget. L’avion qui s’écrase dans l’entrepôt à Oslo était un vrai par exemple (sympa la Warner), les courses poursuites en voiture à Tallinn, en Estonie, ont eu lieu de A à Z. Robert Pattinson lui-même a été placé au volant avec très peu d’entrainement en amont.

Nolan a su s’entourer de talents

Au casting, nous retrouvons John David Washington (BlacKkKlansman), qui campe un parfait archétype de James Bond, imperturbable par rien (même par les voyages dans le temps du coup) et toujours digne, Robert Pattinson (le futur The Batman on est chaud!) est, nous le savons maintenant, un excellent acteur, Elizabeth Debicki ( Les Gardiens de la Galaxie : volume 2) et Kenneth Branagh (Harry Potter et la Chambre des Secrets) jouent très bien, surtout ce dernier : pour l’anecdote, les moments où ses paroles sont inversées sont prononcées par lui-même, et non pas retouchées en post-production, et tout ça avec l’accent russe !

Les personnages sont peu émotifs, Tenet ayant de manière générale une esthétique très froide. En réalité, seul Sator (le méchant joué par Branagh) crève l’écran à ce niveau là, ainsi que la scène des adieux entre les deux buddies que sont Neil et Le Protagoniste. Les protagonistes sont aussi peu construits et nous manquons tout de même de détails sur l’univers du film, par exemple, c’est quoi Tenet ?

La bande son n’est cette fois-ci pas signée Hans Zimmer, compositeur attitré de Nolan depuis Le Prestige mais présentement occupé par Dune de Denis Villeneuve, mais par Ludwig Göransson (qui a travaillé pour Community, Childish Gambino et The Mandalorian notamment). Les thèmes proposés dans Tenet sont moins marquants que ceux des précédents films de Nolan (comme ceux de Inception ou de Interstellar). Le mixage sonore est en revanche atroce par moment : ça casse les oreilles ! Sûrement pour accentuer la scène à l’écran, mais bon calmez vous les gars.

Un peu d’histoire pour finir en beauté

Un mot sur le Carré Sator, objet historique qui a inspiré Christopher Nolan dans la construction de son univers. Il s’agit d’un carré magique composé de cinq palindromes, ces mots qui peuvent se lire à l’endroit ou à l’envers, comme par exemple kayak. Celui-ci, dont l’exemple le plus ancien a été retrouvé dans les ruines de Pompéi, comporte les mots TENET, SATOR, OPERA, AREPO et ROTAS. Ces cinq mots sont retrouvés dans le film : Tenet est l’organisation, Sator est l’antagoniste, Arepo est celui qui a fournit le faux Goya à Kat, le début du film se déroule dans un opéra et Rotas est une entreprise de stockage, dans laquelle se trouve une machine temporelle.

En conclusion, Tenet est un film novateur mais n’est certainement pas le meilleur de Christopher Nolan, ce que les critiques spécialisées et les spectateurs s’accordent à dire par ailleurs (certains youtubeurs prennent des pincettes étrangement, comme nous l’évoquons dans notre podcast). Nous allons même jusqu’à dire qu’il serait passé plus inaperçu sans cette situation particulière. Niveau cinéma post-confinement, nous avons préféré The King of Staten Island, voire En Avant.

Un commentaire sur « Tenet : sauveteur du cinéma ou flop ? »

  1. C’est quoi Tenet ? Bonne question. De toute évidence, quelque chose nous échappe dans ce film, ce qui lui donne un certain charme malgré ses défauts. Son emballage sans aspérité, qui se refuse à verser dans le mélodrame hollywoodien, à donner trop de prise à ses personnages, rend l’ensemble visiblement peu aimable, inspiré la méfiance. Comme vous, je reste circonspect sans pour autant rejeter en bloc. Nolan finit tout de même par réussir son coup (puisqu’il s’agit encore une fois d’une histoire de braquage, comme Inception, comme dans ses Batman) : nous attraper par les yeux et nous retourner le cerveau.

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