The Devil All the Time : une œuvre volontairement sombre mais exquise.

Adapté du roman éponyme de Donald Ray Pollock, The Devil All the Time a été adapté par Netflix et co-produit par Jake Gyllenhaal (Spider-Man : Far from Home). Il s’agit d’un thriller psychologique, s’étalant sur plusieurs années et centré autour de plusieurs personnages, où chaque histoires s’entremêlent et influent les unes sur les autres.

netflix propose une œuvre sombre

Récit volontairement morose, The Devil All the Time n’a pas d’autres scénarios que celui suggéré par son titre : le film nous plonge au plus profond de la noirceur qui réside en l’humain, celle-ci étant ici dissimulée derrière une façade honorable. Œuvre narrée par l’auteur lui-même, nous explorons les thèmes de la vengeance, de la mort, de la religion, du meurtre et de l’amour sincère et véritable (vous savez, celui qui nous pousse à faire des folies). Il est difficile d’écrire sur The Devil All the Time, tant on ne sait par quel bout prendre le scénario : il y a une chronologie, certes, mais celle-ci ne saurait rendre fidèlement compte de la toile qui se tisse devant nos yeux lors de ces deux heures de visionnage. L’œuvre nous présente une importante galerie de personnages, et offre à chacun un temps d’écran suffisamment conséquent pour comprendre leurs motivations, ce qui nous permet de s’absorber totalement dans l’intrigue. Tous les récits finissent par s’entrelacer et s’alimenter les uns les autres, tel un Pulp Fiction sombre et dérangeant.

Un seul personnage est relié à tous les autres de près ou de loin : Arvin, ce qui fait de lui de facto le protagoniste principal. The Devil All the Time s’ouvre au moment où son père Willard rencontre une serveuse, Charlotte, en rentrant de la Seconde Guerre Mondiale. Ils fondent tout deux une famille à Knockemstiff, Ohio, famille qui sera agrandie par Arvin en 1950. Dans le même temps, Helen, celle que Willard aurait dû épouser, rencontre le prédicateur Roy, avec lequel elle aura une fille, Lénora. Cependant, Roy, dans sa ferveur religieuse, tue Helen, juste après que Lenora ait été déposée chez Emma, la mère de Willard. Roy ne pourra jamais la récupérer et Lenora finira élevée par la vieille femme. Bien des années plus tard, en 1957, Charlotte est mourante, mais malgré toute sa ferveur religieuse (la prière étant un remède comme un autre, nous le savons), Willard n’arrive pas à la sauver. Il se suicide et laisse donc le jeune Arvin orphelin, qui se retrouvera du coup chez sa grand-mère Emma et grandira avec Lenora. Le récit de The Devil All the Time est déjà bien tourmenté, mais cela ne fait que commencer pour les deux jeunes gens, que nous retrouvons en 1965, alors que le révérend Preston arrive à Knockemstiff.

Le long-métrage dégage une atmosphère mélancolique dans chacun de ses aspects : du choix des couleurs montrées à l’écran, toujours ternes, aux moments tragiques qui touchent les personnages, voire à la météo, souvent grisâtre (ou peut-être fait-il la même météo qu’à Paris en Ohio?). Vous voyez la première saison de True Detective ? The Devil All the Time est dans la même veine. La cinématographie nous transporte vraiment dans cette Amérique rurale de l’après-guerre, avec ses portraits typiques et cohérents. Le manque de fil rouge du scénario peut cependant rebuter, car nous mettons du temps avant de comprendre où le film veut nous emmener. Le contexte est longuement posé, et tout s’enchaîne dans le dernier tiers du récit, point de bascule où les masques sont tombés et où seule à court la vengeance.

The devil all the time : sublimé par Une brochette de talents

Sans conteste, nous nous devons de souligner la grande qualité des jeux d’acteurs. En premier lieu, Tom Holland, évidemment, (connu pour son interprétation de Spider-Man dans le « Marvel Cinematic Universe » (MCU)), qui, bien qu’il n’apparaisse qu’à partir de la 46ème minute du film, en est la tête d’affiche dans le rôle d’Arvin. Déjà habitué des drames, même si il reste moins connu du grand public pour ce genre de rôles qui remontent à avant sa grosse période MCU, Holland nous livre une grande prestation, impressionnante pour son jeune âge. Loin du rôle léger du Tisseur, l’acteur interprète un jeune homme qui en a déjà pas mal bavé, et qui n’hésite pas à user de la violence pour défendre ceux qu’il aime (œil pour œil pas le choix vous mêmes vous savez). Son père Willard est joué par Bill Skarsgård (le clown dans It), qui joue très bien l’homme qui sombre dans la folie par désespoir. Holland retrouve dans The Devil All the Time son compère de The Lost City of Z, et accessoirement autre coup de cœur : Robert Pattinson (vu récemment dans Tenet et prochainement dans The Batman), toujours au top, ici dans la peau de l’étrange révérend Preaston Teagardin, et sans doute un des meilleurs acteurs de sa génération. Pattinson s’est grandement investi dans le film : il a travaillé seul à créer son accent du sud profond des États-Unis, le gardant secret jusqu’au jour du tournage, et a de plus réalisé sa cascade de chute lui-même. Brisant une fois de plus son image de bellâtre, il a porté une prothèse le grossissant et a laissé pousser ses sourcils. Jouant très bien le pasteur qui abuse de sa position, il est effectivement l’un de ceux qui a le diable en lui. De l’avis du réalisateur Antonio Campos, « Robert Pattinson est un génie qui peut faire n’importe quoi ».

Jason Clarke (Terminator : Genisys) et Riley Keough (vu dans Mad Max : Fury Road et accessoirement petite-fille d’Elvis Presley, comme quoi ça aide) forment le couple de serial killer Sandy et Carl. Ils sont moyennement convaincants dans cette posture, dans la mesure où nous ne ressentons pas le danger, la malfaisance, émaner de leurs personnages, ou du moins trop peu. Bien qu’ils soient clairement des antagonistes, surtout lui, ils ne livreront malheureusement pas un souvenir marquant, à la différence de la quasi-totalité du casting. Autre compère de plateaux de Holland, Sebastian Stan (le Winter Soldier dans Avengers : Endgame et compagnie), joue le shérif Lee Bodecker, et frère de Sandy, pas vraiment mauvais, mais corrompu et tournant la loi à son avantage. Presque méconnaissable car il porte lui aussi une prothèse le grossissant, il ne propose pas lui non plus une prestation inoubliable, son jeu manquant de facettes, hormis peut-être lors de la scène finale. Le rôle devait revenir initialement à Chris Evans, qui n’a pas pu se libérer et a donc proposé Stan pour le rôle. Notre Captain America aurait sans nul doute rendu le film encore plus flamboyant (son interprétation dans Knives Out est parfaite). Pattinson retrouve Harry Melling (plus connu pou son rôle de Dudley dans la saga Harry Potter), après Wainting For The Barbarians et là encore The Lost City of Z (où il y avait Holland, là aussi tout est lié c’est très meta), qui nous livre une prestation convaincante de ce que l’on pourrait appeler la folie religieuse à travers le rôle de Roy Laferty. Pour l’anecdote, dans le film, il se verse un bocal rempli d’araignées sur la tête, et bien il s’agissait de vraies !

Filmé en 35mm, ce qui est rare chez Netflix, The Devil All the Time est pour nous une œuvre réussie, qui a gagné sa place auprès des réussites filmiques de la firme : The Irishman, Okja, Marriage Story ou encore Roma. L’ambiance arrive à nous absorber, et les acteurs sont suffisamment impliqués pour nous tenir intéressés. Il aurait été interessant toutefois d’avoir plus de retours sur les événements qui ont rendu les personnages aussi mauvais. Le film a reçu des critiques mitigées : on aime ou pas. Si la politique des séries de Netflix est hautement critiquable, et vous le savez nous en remettons souvent une couche, leur ligne directrice concernant les long-métrages commence à les faire jouer dans la cour des grands. Sans doute que l’entreprise ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir conquis un Oscar.

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